Après « Le lieu remarquable » en 1661, « la Reine du Nord » en 1913, voici « La Chicago du Nord » en 1920.

Chicoutimi lieu remarquable Chicoutimi Reine du Nord

Saviez-vous qu’en 1920 un livre est publié sous le titre « Le tour du Saguenay historique, légendaire et descriptif[1] », dont l’auteur est Damase Potvin dont voici une partie de sa biographie[2] : « écrivain et journaliste québécois né le 16 octobre 1882 à Bagotville et mort en 1964. Il obtient son baccalauréat ès arts au Séminaire de Chicoutimi où il collabore au journal de l’Institution L’Oiseau-Mouche, puis s’inscrit, en 1894, à un cours commercial. En 1903, il entre chez les Pères Blancs d’Afrique et ne pouvant s’adapter au climat d’Alger, il retourne au pays. Par la suite, il optera pour le journalisme et fonde en 1905 le premier journal de la région saguenéenne, Le Travailleur. Il dirigera pendant un an Le Progrès du Saguenay (1906). Il ira alors s’installer à Québec où il sera assistant-rédacteur à La Semaine Commerciale et à La Vérité puis rédacteur en chef au Quotidien de Lévis… En 1910, il s’installe à Montréal où il travaillera au Devoir (1910), tout en collaborant à différents journaux et revues : Chasse et Pêche, Culture, Le Samedi, Le Canada Français. En juillet 1918, il fonde la revue Le Terroir, organe de la Société des Arts, des Sciences et Lettres, qui sera publiée jusqu’en 1940 ».

Après Arthur Buies en 1880, c’est alors un autre écrivain qui nous fait découvrir le Saguenay jusqu’à Chicoutimi.

En 1920, on vit un contexte économique sans précédent avec le passage de la région de l’âge du sciage à celui de l’industrie lourde avec l’implantation récente de la Pulperie de Chicoutimi (1895), du moulin à papier à Jonquière (1900), de celui de Kénogami (1912)[3] et de Port-Alfred, la Ha! Ha! Bay Sulfite Company (1917) devenue la Port-Alfred Pulp and Paper Corporation en 1924. La navigation sur le Saguenay est des plus prospères. Outre le transport des matières premières et des produits à l’exportation, le transport de voyageurs (commerçants ou touristes) est desservi par plusieurs bateaux à vapeurs qui font la navette entre Québec et Chicoutimi dont le Canada, le Carolina, le Tadoussac, et le Chicoutimi. On offre même au voyageur des billets interchangeables[4] qui lui permettent de prendre le bateau pour se rendre à Chicoutimi et le train pour revenir à Québec. C’est dans ce contexte que nous retrouvons Damase Potvin en train (sans jeu de mot!) de faire le touriste sur le Saguenay. Voici un très bref extrait de son récit de près de 500 pages.

« Mais que sait-on du véritable Tour du Saguenay ? On croit ingénuement (sic) avoir fait le tour du Saguenay quand on est parti, un bon matin, de Québec, à bord de l’un des somptueux palais flottants de la Canada Steamship Co. Ltd, longé la côte nord du fleuve jusqu’à Tadoussac, remonté le Saguenay jusqu’à la Baie des Ha ! Ha !, et que l’on est retourné à Québec, sur ses pas, ou plutôt sur sa quille, exactement par la même voie. On est dans une erreur aussi profonde que le Saguenay, dont le nom veut dire « fleuve aux eaux profondes[5] ». On a fait le demi-tour du Saguenay seulement. Le véritable Tour du Saguenay, c’est, d’abord, de parcourir exactement l’itinéraire dont nous venons d’esquisser les grandes lignes, puis de se rendre jusqu’à Chicoutimi[6]. Là, au lieu de retourner par la même voie, on débarque, ce qui fait bien l’affaire du Chicago du Nord[7] ; le lendemain matin, on prend passage à bord d’un train du Canadien-Nord : l’on parcourt toute la vallée du Lac Saint-Jean ; l’on enfile dans les Laurentides que l’on traverse toutes : l’on parcourt ensuite les plaines douces du comté de Portneuf et du comté de Québec et, douze heures après le départ de Chicoutimi, l’on descend à Québec et l’on s’en va chez soi, fourbu mais heureux. Et, on peut véritablement se vanter, après cela, d’avoir fait le Tour du Saguenay ».

Naturellement, ce livre n’est pas l’œuvre d’un historien mais celui d’un fils de la région qui en avait beaucoup de fierté. Nous devrons attendre 1938 pour une première histoire de la région et nous attendons encore celle qui nous donnera, si possible, un juste regard sur sa formation géologique et son occupation par les autochtones et les autres qui ont suivi[8]. Il y a assez de matière pour en faire une encyclopédie.

[1] Fichier:Potvin – Le tour du Saguenay, historique, légendaire et descriptif, 1920.djvu – Wiki source

[2] Damase Potvin — Wikipédia (wikipedia.org) extrait le 2021/11/1

[3] Suivront, quelques années plus tard, les usines d’Alma (1925) et de Dolbeau (1926).

[4] Russel Bouchard, Une histoire de la navigation sur le Saguenay, Chicoutimi, 2009 p. 198, 417 pages.

[5] Soulignons que cette traduction s’avère, de nos jours, erronée. Actuellement, ce qui est reconnue par la commission de toponymie du Québec, est plutôt que le mot Saguenay est (possiblement) dérivé du mot amérindien « saki-nip » , qui signifie « eau qui sort » ou « source de l’eau ». Fiche descriptive (gouv.qc.ca).

[6] Plus loin dans son texte, page 120, Damase Potvin écrira : « Enfin, nous arrivons à Chicoutimi. Chicoutimi ! « lieu remarquable pour être le terme de la belle navigation et le commencement des portages. » C’est ainsi que le Père Lejeune désigne Chicoutimi dans ses Relations ». Petite erreur de sa part puisque c`est plutôt le père Dablon qui a écrit cette phrase le 6 juin 1661 dans sa relation des jésuites, page 14. 

[7] De comparer Chicoutimi à Chicago est anecdotique mais démontre tout de même l’importance qu’avait déjà Chicoutimi sur l’échiquier régional. Il faut se souvenir que Damase Potvin est originaire de Bagotville. Rappelons-nous que la Ville de Chicoutimi avait été désignée la Reine du Nord en 1913. (Chicoutimi, la Reine du Nord : Album publié à l’occasion de la visite de la Fédération des Chambres de Commerce de la Province de Québec à Chicoutimi, 1913, p. 31 Le Syndicat des Imprimeurs du Saguenay, 56 pages

[8] En juin 2016, un essai a été publié sous le titre « Le Toponyme Chicoutimi, une histoire inachevée, Éditions Ichkotimi, Jacques Pelletier, 328 pages couleurs. Ce livre n’est qu’une ébauche de ce que pourrait contenir une encyclopédie qui couvrirait l’ensemble de la région.

Un commentaire sur “Chicoutimi, la Chicago du Nord”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.