Madame Labrie, Le Quotidien

Je viens de prendre connaissance de votre article dans Le Quotidien du 9 février 2022, « Une histoire foncièrement reliée à Jean Tremblay ». Vous titrez que « L’ancien maire de Saguenay Jean Tremblay admet qu’il aurait préféré conserver le nom de Chicoutimi pour la ville fusionnée, mais qu’il y avait des dossiers beaucoup plus importants ».

Vous rapportez qu’« en ce qui a trait au nom de la ville, « on avait clairement d’autres dossiers plus importants », laisse tomber l’ancien maire, qui finira tout de même par dire « qu’il trouve ça encore très beau[1], Chicoutimi », et qu’il croyait que ce nom avait plus de chance de l’emporter à l’époque. »

Vous poursuivez : « Là où il a choisi de s’en mêler, c’est lorsque certains conseillers municipaux ont commencé à appuyer publiquement un nom plutôt qu’un autre. » « Ça devenait beaucoup trop émotif et je savais que ça laisserait des cicatrices. Alors, je leur ai dit de ne pas s’en mêler et que peu importe le résultat, il fallait le respecter et le faire joyeusement. »

De telles déclarations de la part de ce type ne sont pas surprenantes. Mais que les médias les diffusent sans contrepartie, c’est incroyable.

Permettez-moi de vous décrire les faits tels qu’ils se sont produits.

Le 20 avril 1999, la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales dépose son rapport, désigné le rapport Bédard[2], qui aborde, parmi ses 108 recommandations, la fusion de certaines municipalités dont celles des municipalités du Haut-Saguenay sans toutefois y donner un nom. Dès le 22 avril 1999, Jean Tremblay part en croisade pour la fusion de certaines municipalités dans le Haut-Saguenay. Tout au cours de 1999 et de 2000, année qui débuta avec le dépôt du livre blanc sur la réorganisation municipale de la ministre Harel[3] et qui se termina par le dépôt d’un rapport commandé par Chicoutimi sur le meilleur scénario de fusion, les journalistes rapportent les propos du maire de Chicoutimi, dont voici certains extraits :

« Il prépare depuis quelque temps, avec l’aide d’un comité restreint, un document qui tentera de faire la preuve qu’il est plus que temps pour La Baie, Jonquière et Chicoutimi, de fusionner… On dit même que le document de Chicoutimi va prouver que la future « Ville Saguenay[4] » va s’inscrire parmi les 200 plus importantes en Amérique du Nord »

« Le maire de Chicoutimi[5], Jean Tremblay, relance le projet de Ville Saguenay ».

« Jean Tremblay[6] ne pourra compter sur aucun des trois plus grands partenaires qui font partie de son plan de fusion pour promouvoir la création de Ville Saguenay en l’an 2000, comme il l’a souhaité, hier ».  

« Le choix[7] des huit municipalités qu’il voit comme la future Ville Saguenay repose sur une affinité territoriale et le respect de la ruralité.»

 « Jean Tremblay a du millage à faire pour convaincre Réjean Simard et Daniel Giguère que la seule façon de se mettre sur la map pour favoriser notre développement, c’est de faire une grande ville Saguenay[8] ».

« L’étude indépendante, réalisée par des comptables et fiscalistes de la firme Raymond Chabot Grant Thornton, pour le compte de la ville de Chicoutimi, et dévoilée hier … L’analyse comparative et de préfaisabilité fiscale place par-dessus tout la formation de Ville Saguenay, telle que proposée et défendue par le maire de Chicoutimi Jean Tremblay[9].

Va-t-on croire cet ancien maire lorsqu’il affirme qu’il aurait aimé conserver le nom Chicoutimi? Mon œil! Tous les extraits ci-dessous relatent des propos tenus avant même que le processus de fusion initié par Mme Harel ne se concrétise. En aucun moment il ne met en garde la population et les médias contre l’usage du nom Saguenay pour désigner cette « nouvelle ville ». Tout porte à croire qu’il encourage lui-même l’utilisation de ce nom.

De plus, alors qu’il muselle (en 2002) les conseillers municipaux de Chicoutimi qui veulent appuyer le nom Chicoutimi, où était-il lorsque le conseiller jonquiérois, Robert Lavoie[10], farouche opposant à la fusion débute la polémique en déclarant, en mai 2001, « qu’il faut vouloir semer la zizanie pour lancer à la face de tous ceux qui auront à subir la fusion que Chicoutimi est le nom qui s’impose pour désigner le regroupement des villes de Chicoutimi, Jonquière, La Baie, Laterrière, Shipshaw, Lac-Kénogami et Canton-Tremblay.»

Demandez-lui où il était lorsque le comité pour le nom Saguenay peaufinait sa stratégie pour convaincre la population de voter pour le nom Saguenay. Demandez-lui combien la Ville a dépensé pour mettre en évidence le nom Saguenay tout au cours des deux années qui ont précédé le vote populaire : 100 000 $, 200 000$ ?

J’estime que cet ancien maire devrait se garder une petite gêne à se draper dans le manteau du gars qui « préférait le nom Chicoutimi ».

Je me permets d’ajouter un article du Quotidien daté du 9 septembre 2001 qui confirme la position du maire à propos du nom de Chicoutimi

Le Quotidien,  mercredi 5 septembre 2001 461 mots, p. 6, Bouchard, Denis

Nom de la future ville fusionnée, Jean Tremblay réussit à étouffer le débat

Bien que le maire Jean Tremblay tente d’étouffer tout débat sur le nom de la future grande ville au Saguenay, les conseillers Florian Pilote et Rémi Hamel ont ramené le sujet à la table du conseil, hier soir.

Le maire a même dû faire jouer son vote pour empêcher les conseillers Hamel et Pilote d’utiliser leur enveloppe d’investissement (autrefois appelée enveloppe discrétionnaire) pour subventionner le comité « Au nom du bon sens ». Ce comité souhaite que la grande ville porte le nom de Chicoutimi.

Les deux conseillers voulaient verser une somme de 500 $ à ce comité, mais le maire s’y est opposé. Il a soutenu, d’une part, que le conseil ne peut aller contre sa logique, lui, qui a déjà adopté le nom de Ville de Saguenay. D’autre part, il se refuse à tout débat sur le sujet avant les élections. Il soutient que le nom soulève tant de passions que la population reléguera au second rang des sujets cruciaux comme les taxes et la dette.

Il a demandé le vote sur la proposition de Florian Pilote, qui s’est soldé par un verdict nul, cinq conseillers de chaque côté. Il a alors tranché.

Pourtant, même le conseiller Marcel Jean, qui est rangé derrière le maire, a affirmé que le conseil n’a jamais refusé une demande d’un conseiller liée à son enveloppe discrétionnaire.

Florian Pilote a précisé au maire que le conseil ne s’est jamais engagé sur le nom, contrairement à ce qu’il dit. Une assertion avec laquelle Rémi Hamel est d’accord, se souvenant que le conseil a pris position en faveur de la fusion et remettant à plus tard le choix du nom.

La conseillère Marina Larouche estime qu’il n’appartient pas à des Chicoutimiens d’imposer un nom pour toute la grande ville. Ce à quoi a rajouté le maire Jean Tremblay: « Nous ferons le débat avec les gens concernés. Entre Chicoutimiens, c’est certain qu’on va être tous d’accord. »

Rémi Hamel a rencontré la même opposition du maire un peu plus tard, quand il a voulu qu’un document historique sur Chicoutimi soit envoyé à la ministre des Affaires municipales, Louise Harel. Le document a plutôt pris le chemin du bureau du député Stéphane Bédard.

Le document relate l’histoire de Chicoutimi, de 1647 à nos jours.

[1] « Encore beau », comme si c’était la seule raison de préférer le nom Chicoutimi! (note du chroniqueur)

[2] Transmission du rapport « Bédard » demandé par le ministère du Conseil exécutif, Dépôt officiel : 20 avril 1999                                                                             

[3] Le Livre blanc de la ministre, Affaires municipales, Louise Harel, 3mars 2000, Livre blanc sur la réorganisation municipale.

[4] Le Quotidien, mercredi 25 août 1999, p. 8, Au fil du temps  Haut-Saguenay: Jean Tremblay prépare la fusion Boily, Raynald

[5] Le Quotidien, samedi 4 septembre 1999, p. 8, Un grand ensemble urbain est nécessaire à notre développement, Tremblay, Bertrand

[6] Le Quotidien, vendredi 19 novembre 1999, p. 4, Pas d’appui de Jonquière, Giguère aimerait avoir des chiffres, Bouchard, Denis

[7] Le Quotidien, vendredi 19 novembre 1999, p. 4, Modèle fusionnant huit municipalités, Jean Tremblay veut freiner la désintégration, Bouchard, Denis

[8] Le Quotidien, jeudi 25 novembre 1999, p. 4, Projet de fusion du maire Jean Tremblay, Chacun des maires reste sur sa position première, Delisle, Catherine

[9] Le Quotidien, samedi 2 décembre 2000, p. 3, Étude commandée par Chicoutimi, Des experts optent pour Ville Saguenay, Bouchard, Denis

[10] Le Quotidien, samedi 26 mai 2001, p. 11, Nom de la future ville, Les penseurs entretiennent la chicane

Delisle, Catherine

 

 

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