Bravo au journal Le Réveil pour sa chronique historique[1] du 4 mars 2022. M. Gaudreault nous raconte l’histoire de Jonquière depuis sa fondation en 1847.

J’aimerais toutefois commenter certaines déclarations qu’on retrouve dans cette chronique.

« Ce cours d’eau [Rivière aux Sables] avait toujours été exclu comme route commerciale parce qu’il était difficile pour la navigation à cause de la multitude des bancs de sable ».

J’estime qu’il aurait été plus exact d’expliquer que sa non-praticabilité était due à la multitude de chutes ou cascades tout au long de son cours, qui empêchait de le remonter en canot. Alors qu’on pouvait passer de portages à plans d’eau tout au long de la rivière Chicoutimi qui prend plus de 25 km pour dévaler une pente[2] de 164 mètres, la rivière aux Sables n’avait que 11 km pour dévaler 156 mètres.

« Marguerite Belley, fondatrice de Jonquière ». « Avons-nous honte qu’une femme soit la fondatrice de Jonquière? »

Tout en reconnaissant le courage de cette femme, il faut toutefois prendre en sérieuse considération ce que Russel Bouchard démontre dans son Histoire de Jonquière[3] à propos du « mythe Marguerite Belley ». Les légendes urbaines se créent de toute pièce et sont tenaces. Tel est aussi le cas du fameux Royaume du Saguenay[4].

« Jonquière continuera son développement et deviendra, dans les années 40 jusqu’aux années 70, la métropole économique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les fusions municipales et l’arrivée des grands centres commerciaux de Chicoutimi vont amorcer le déclin de cette ville prospère ».

Avant les fusions de 1975, la population de la ville de Jonquière[5] et de sa paroisse était de 33 026 habitants, celle de Chicoutimi, incluant son canton et Rivière-du Moulin, de 41 407 habitants. Après les fusions la population de Jonquière monte à 64 347 et celle de Chicoutimi à 59 153 habitants. Pour des raisons purement politiques et pour faire contrepoids à Chicoutimi, le gouvernement avait décidé de fusionner St-Jean-Eudes et Arvida avec Jonquière. C’est ainsi qu’on s’est retrouvé avec deux « villes-sœurs » qui rivalisent depuis près de 50 ans. En 2022[6] la population de Jonquière est de 60 964 et celle de Chicoutimi de 67 717.

Pour conclure, on peut affirmer que l’agglomération de Jonquière est le centre industriel régional et celle de Chicoutimi est, depuis le début de la présence des Européens sur ce territoire, la métropole régionale du commerce, de la finance et des institutions.

[1] Le Réveil, Carl Gaudreault, directeur général du Centre d’histoire d’Arvida, « Bonne Fête Jonquière », 4 mars 2022, p. 15

[2] Jacques Pelletier, Le toponyme Chicoutimi, une histoire inachevée, Éditions Ichkotimi, page 73

[3] Russel Bouchard, Histoire de Jonquière: cœur industriel du Saguenay-Lac-Saint-Jean, des origines à 1997, 150e anniversaire de Jonquière, Ateliers Graphiques Marc Veilleux, 1997, pages 87 à 96.

[4] Victor Tremblay, Histoire du Saguenay depuis les origines jusqu’à 1870, Société historique du Saguenay, 1968, pages 53 à 56, Légende et vérité. Lire aussi Jacques Pelletier, le toponyme Chicoutimi, une histoire inachevée, Éditions Ichkotimi, 2016, Chapitre 4 – Des premiers contacts au mythe du Saguenay pages 136-155.

[5] Population des anciennes municipalités constituant la municipalité de Saguenay, 1871 à 2006. Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec, Direction des statistiques sociodémographiques.                                                                                                     

[6] Décret de population pour 2022, MAMOT.

2 réponses pour “Ce n’est pas parce qu’on le dit que c’est vrai.”

  • Bonjour M. Pelletier.

    J’aime beaucoup vous lire, vous êtes une référence et nous apprenez énormément sur notre région, notre ville. Tout est très intéressant, pertinent.

    Merci beaucoup. Bonne journée.
    Michèle. Tremblay.

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