Cette semaine le « Le Quotidien » publiait un article sur la formation d’un comité pour les fêtes du 360e anniversaire de la « fondation de Chicoutimi » par des Européens, cela ayant déjà été fait par les autochtones des milliers d’années auparavant.

Je vous transmets un courriel que j’ai adressé à M. Denis Villeneuve qui est le journaliste rapporteur ce cet événement. À titre informatif, vous trouverez à la fin de cette chronique, un rappel des principaux événements survenus à Chicoutimi avant 1701.

Nouvelle de dernière heure:

Voici la réponse que j’ai reçu, ce matin le 17 décembre, de Mme Simard présidente du comité pour les fêtes du 360e:

« Bonjour, juste un mot, c’est de l’initiative du journaliste de les identifier ainsi, je ne connais même pas cette appellation. Moi je n’ai parlé que des premières Nations ou autochtones et de la rencontre des Euro- Québécois. Je ne suis en rien historienne et pour l’instant on démarre une initiative qui enfin pourra reconnaître des faits historiques. J’espère qu’on pourra compter sur votre intérêt pour avancer dans ce dossier. Certes nous allons peut-être trébucher mais au moins on va essayer de se relever et avancer. Souhaitons nous la meilleure des chances. Au plaisir.» 

 

Revenons à la lettre que j’ai transmise à M. Villeneuve

Monsieur Villeneuve,

Dans votre article du 15 décembre 2022, « La Corporation du 350e de Chicoutimi est née » vous nous apprenez qu’il y avait un « peuple Piékuakamiilnuiash » à Chicoutimi en 1676.

Après révisions de mes archives et consultation auprès de Russel-Aurore Bouchard nous ne trouvons rien à propos de ce « peuple ».

J’aimerais bien connaître leur source. S’il s’avère, alors bravo s’ils ont raison. Mais j’ai comme un doute. Ils doivent peut-être se mélanger avec les autochtones de Metabetchouan mais encore là!

Je ne trouve rien dans les récits du Père de Crespieul. Rien non plus dans les récits ou dans les cartes du père Laure. Rien non plus dans les registres de Tadoussac.

Pourtant ils prétendent avoir consulté, entre autres, Russel-Aurore Bouchard qui m’affirme qu’elle n’a pas été consultée (sauf cette lettre ci-jointe adressée au conseiller Serge Gaudreault) et ne veut pas faire partie de ce comité pour les raisons évoquées dans cette même lettre.

En 1676 le peuple à Chicoutimi était désigné « Les Chicoutimiens » par les Français. Depuis l’arrivée des Français à Tadoussac la Maladie avaient frappé très fort et la presque totalité des autochtones occupant le territoire en 1602 ont graduellement disparu pour être remplacés par d’autres peuples et c’est la raison pour laquelle il est périlleux de leur attribuer un nom autochtone pour ceux présents en 1676 (tel celui de Kakouchaks utilisé par l’archéologue Claude Chapdelaine lors de ses recherches archéologiques qui couvrent les périodes antérieures à l’arrivée des Européens).

Donc, QUELLE EST LA SOURCE DE RÉFÉRENCE POUR CE PEUPLE « Piékuakamiilnuiash »?

-31-

Jacques Pelletier

Lettre à Serge Gaudreault par Russel-Aurore Bouchard 

Le 2022-11-08 à 18:16

À M. Serge Gaudreault,

Conseiller municipal, Ville Saguenay

Bonjour M. Gaudreault,

Je donne suite à notre conversation téléphonique de cet après-midi concernant le projet de célébrations des fêtes du 350e anniversaire de Chicoutimi, en 2026. Pour ma part, j’ai déjà personnellement donné dans des manifestations commémoratives de ce genre et il n’est pas dans mes cartons de mettre mes compétences à la réalisation de ce projet… du moins pas de la façon qu’il est porté actuellement par les promoteurs.

Évidemment, des projets de commémoration qui ambitionnent de stimuler l’histoire pour en faire un rendez-vous identitaire ont de quoi susciter les intérêts de ceux et celles qui y trouvent une fibre commune, qui en sont fiers et qui aimeraient bien que les valeurs morales qu’elle véhicule soient transmises à leur descendance. Mais bien que je sois formellement en faveur d’un tel exercice consacré à la redécouverte du Nous collectif qui est en perte de mémoire par les temps qui courent ; dans ce cas précis des commémorations de la fondation explicite de Chicoutimi dis-je bien, j’entrevois la source de plusieurs contentieux d’intérêt historique et de deux ou trois défis politiques à relever. Pour répondre à votre question, j’évoquerai donc ceux qui m’apparaissent les plus problématiques :

1- De prime abord, la première difficulté que je m’empresse de vous signaler est précisément celle de la date de fondation de Chicoutimi : 1671 ? 1676 ? ou 1842 ? Je comprends que, d’un point de vue strictement temporel, 1676 est non seulement une date pratique mais incontournable. Par conséquent, c’est le seul millésime qui s’offre à l’actuel comité qui n’a pas vraiment le choix, puisqu’on ne peut pas revenir à 2021 pour célébrer 1671, lequel serait historiquement tout aussi plausible et valable. C’est là du reste une question d’histoire à laquelle seuls des historiens chevronnés qui ont du vécu et le temps de la réflexion pourront mesurer à sa juste valeur. En ce qui concerne l’année 1842, je m’empresse de vous signaler tout de suite qu’en 1992, la ville de Chicoutimi a fêté son 150e anniversaire de fondation (1842-1992). Je le sais, car on m’avait alors commandé un bouquin que j’ai écrit moyennant rémunérations professionnelles : « Histoire de Chicoutimi : la fondation 1842-1992 ». Méchant dilemme ! En conséquence, vous risquez très fortement de voir arriver quelqu’un pour vous mettre le nez dans ce qui pourrait apparaître comme une dérangeante contradiction historique. La date de fondation de Chicoutimi est une épineuse question qui mérite qu’on s’y consacre avec beaucoup de doigté et de connaissance des faits. Elle ne peut être conséquemment abordée sans une lente et longue réflexion. L’hiver dernier, ce sujet fut d’ailleurs l’objet de toutes mes attentions. J’y ai consacré de nombreuses heures et j’ai rédigé, au fil de ma quête, un texte très songé, à paraître dans mon prochain livre.

2- En second lieu, j’y vois également tout le problème politique que cette fête-souvenir risque de soulever auprès des citoyens des anciennes villes fusionnées. En effet ! Comment obtenir l’assentiment de La Baie et de Jonquière au lieu de faire ressortir tous leurs ressentiments à l’égard de Chicoutimi, la ville qu’ils détestent au point d’avoir mis tous leurs efforts pour faire avorter le nom de Chicoutimi comme celui de la ville fusionnée devenue grâce à eux Ville Saguenay, une ville totalement désincarnée ? J’en sais quelque chose. J’ai écrit une histoire de La Baie et une histoire de Jonquière dans le cadre de la commémoration de leur fondation respective, et je sais de quoi il retourne ! Problème de taille, je vous assure…

3- En troisième lieu, et cela m’intéresse plus particulièrement, car je suis une fervente partisane de retour du nom de Chicoutimi pour identifier la ville fusionnée de Saguenay. Cette commémoration du 350e présentera comme une évidence criante l’erreur politique manifeste de la perte du nom de Chicoutimi, la pire erreur politique non seulement de l’histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean mais également du programme de fusions municipales au Québec sous le règne de Lucien Bouchard. À elle seule, cette commémoration justifie toute la lutte menée par les partisans du nom de Chicoutimi pour son rétablissement. Encore là, bonne chance à Madame la mairesse, originaire de Jonquière, pour contrôler son petit peuple d’électeurs ! J’ai vraiment hâte de voir le spectacle son et lumière si le projet trouve son issue.

4- Dernier défi, et non le moindre. Celui de la vérité historique. Et ici, je vous assure que je vais imposer ma voix et engager toutes mes compétences sur cette question de l’exactitude des faits et de la réalité historique. A cet égard, je vous invite à lire mon petit bouquin : « La fin de l’histoire par un témoin oculaire » (2003). Et je cite la conclusion : « Quand la raison de l’Histoire, qui est de servir la vérité, est détournée pour servir d’autres fins, nous quittons ce monde, qui a ses règles, ses lois et ses devoirs souverains, pour entrer dans celui, plus brumeux, de la politique et de ses maîtres. C’est à plus proprement parler, la fin de l’Histoire ». En d’autres mots : on écrit l’histoire ou on fait de la politique. Moi, j’écris l’Histoire et je n’accepterai pas qu’on la fasse mentir pour ménager des susceptibilités, protéger des intérêts politiques ou financiers, favoriser la reconnaissance d’une communauté ethno-culturelle fondatrice plutôt qu’une autre ; et en l’occurrence celle des Indiens au détriment des Métis, eux aussi partie prenante de la fondation de Chicoutimi, de 1671 à nos jours (je souligne !)…

En tout et pour tout, je reste bien fidèlement et bien sincèrement,

Russel-Aurore Bouchard, Historienne, auteure et écrivaine, Métisse euro-amérindienne, Chicoutimi

Le montage du tableau ci-dessous  a été réalisé par Jacques Pelletier

3 réponses pour “Un nouveau peuple?”

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